Au Vanneau-Irleau, toujours derrière le zinc à 80 ans

Ouvert à la fin des années 1950, le bar de la Gaieté est un véritable bistrot de campagne qui fait aussi débit de tabac. A sa tête, Marinette Rondonnet.

En pénétrant dans le discret bar de la Gaieté, caché au n°16 de la rue du Port au Vanneau-Irleau, impossible de le manquer !: pile au milieu de la pièce de quelque 50m2, un poêle à bois de marque Godin sorti d’un autre temps, mais en très bon état. «J’y mets des bûches de 50cm», sourit Marie-Henriette Rondonnet, devenue Marinette dès son plus jeune âge. (
Le poêle à bois, acheté 3.000 francs de l’époque avec le couvercle et un pied abîmés, est au moins aussi vieux que l’établissement ! : le bistrot, qui fait partie de la grande bâtisse de la patronne, a ouvert à la fin des années 1950.

« Je suis la seule dans le coin à avoir un café aussi démodé ! ”

Ses murs sont recouverts d’une tapisserie représentant de vieilles réclames avec, ici ou là, des photos noir et blanc du Marais poitevin. Le sol est en ciment. Derrière le zinc, un poster officiel des Chamois Niortais, version 1986-1987. L’affiche, « c’est incroyable comme elle est regardée par les clients. Il y en a même qui retrouvent des copains dessus. Et c’est la bonne équipe, là ! »
«J’avais 22 ans quand je suis arrivée là, enchaîne Marinette Rondonnet, 80 ans depuis le dernier mois d’octobre. La grand-mère de mon mari, veuve de guerre, a eu droit à son débit de tabac. Et j’ai pris la suite de mes beaux-parents. Au début, ce n’était pas évident. Entre les jeunes et les anciens, ça rouspétait, ils n’avaient pas les mêmes jeux.»

Un cheval dans le bar…

Un établissement rempli d’histoires et d’anecdotes, sur lesquelles la native de Niort ne se montre guère prolixe : « Un jour, il y a un cheval qui est rentré. Une moto aussi, on donnait un franc pour la faire tourner !: c’était plein de fumée ! ». L’octogénaire commence ses journées vers 8h pour fermer généralement autour de 20h, sauf quand elle accueille une réunion de cultivateurs par exemple. « Je suis même ouverte le dimanche. » Le tout sans journée de repos.
Autre particularité, la patronne fait crédit : elle sort alors son petit cahier et griffonne dessus. Mais seuls les habitués y ont droit, confiance oblige.

1 euro le café fait maison.

De toute manière, ici, l’argent ne coule pas à flots : «Je n’ai pas besoin de gagner des mille et des cents.» Dans le bistrot de la Gaieté, le petit noir est fait maison : il sort tout droit de la cafetière de Marinette Rondonnet. Chaque année, l’octogénaire se dit qu’elle va mettre la clé sous la porte. Chaque année, ses clients la retrouvent, sortant de sa cuisine d’où on peut entendre le son du téléviseur pour venir les servir !: «Ils me disent : “ Vous êtes toujours là ! ».
Sauf quand elle a décidé d’aller se promener, sans prévenir : jusqu’à deux heures quand le soleil ne cogne pas trop fort. Pour qu’elle s’arrête, « il faudra qu’il m’arrive quelque chose, que je sois malade. Mais c’est sûr, je suis la seule dans le coin à avoir un café aussi démodé».

Article d’Aurélien Douillard paru dans la Nouvelle République du 15 juillet 2015.

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ERIC POLLET BISTROT MARINETTEMarinette Rondonnet © Eric Pollet

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ERIC POLLET BISTROT MARINETTEMarinette Rondonnet © Eric Pollet

ERIC POLLET BISTROT MARINETTEMarinette Rondonnet © Eric Pollet

ERIC POLLET BISTROT MARINETTEMarinette Rondonnet © Eric Pollet

ERIC POLLET BISTROT MARINETTEMarinette Rondonnet © Eric Pollet

ERIC POLLET BISTROT MARINETTEMarinette Rondonnet © Eric Pollet

ERIC POLLET BISTROT MARINETTE

Marinette Rondonnet © Eric Pollet